2004 : Biographie de la faim

2004 : Biographie de la faim
Résumé :
"La faim, c'est moi."

Un roman, ça commence parfois par la faim. Surtout quand il est autobiographique. Amélie Nothomb y raconte les vingt premières années de sa riche existence. Une enfance et une adolescence faites de voyages, de l'Asie à l'Amérique, en passant par l'Europe. Entre sa soif de vie et sa faim de découvertes, elle raconte aussi les épreuves qu'elle a dû traverser.
L'histoire : elle est un complément de Métaphysique des tubes et Sabotage amoureux. C'est pourquoi je vous conseille de lire ces 2 romans avant d'entamer Biographie de la faim. Amélie Nothomb continue donc sur sa lancée autobiographique: le titre le dit lui même Biographie de la faim (et la faim c'est elle). Elle nous parle de ses envies, de ses différentes faims qui l'ont animées durant sa jeunesse.

Le saviez-vous ?
>Ce livre a fait partie de la seconde sélection pour le Prix Goncourt 2004.
>Si vous faites partie des 10 000 premiers acheteurs de Biographie de la Faim vous tenez entre les mains un "collector" : sur ces exemplaires figurait la mention "roman" que l'auteur a fait supprimer pour la réédition.


La phrase à retenir :
Si les pommes de terre étaient rares chez nous, manger de la purée relèverait du snobisme.

Les avis des lecteurs :
J'ai retrouvé avec une grande joie son humour particulier. Amélie Nothomb a une manière bien à elle de nous raconter son enfance qui m'a conquis! Le style est toujours aussi léger, autant que l'insouciance d'un enfant. J'ai adoré cette nouvelle histoire où on la voit analyser les différents pays qu'elle va habiter un temps d'une manière bien à elle.

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Elle n'hésite pas à sortir de son rôle coutumier pour interpeller le lecteur et souligner que sa vision de New York était celle d'une gamine arrivant de Chine communiste (et donc parcellaire et totalement subjective), que l'arrivée au Bangladesh fut un choc tant le pays est pauvre au point de faire passer l'Inde pour un pays de cocagne, etc. Mais elle garde son humour, son sens de l'auto-dérision qui font que je l'apprécie vraiment. A la fois très accessible et d'un vocabulaire recherché, sa prose porte son empreinte si personnelle. Un livre difficile à reposer avant de l'avoir fini mais pas inoubliable pour autant.

# Posté le jeudi 02 mars 2006 11:38

Modifié le lundi 09 juillet 2007 16:51

2005 : Acide sulfurique

2005 : Acide sulfurique
Certains critiques, Frédéric Beigbeder en tête, s'extasient à la lecture de ce roman. Pour eux, "l'une des missions du roman est peut-être d'anticiper la fin du monde et sert à comprendre notre réalité, même et surtout quand elle est terrifiante". Reste que la jeune et prolixe écrivain offre un roman bien simpliste et bien terne en comparaison de certains de ses ouvrages passés si pertinents comme Hygiène de l'assassin ou Stupeur et tremblements. La télé-réalité dans les camps de concentration... ouh la la ! Que de controverse, de polémique, de tergiversation autour d'un livre qui n'est jamais qu'une anticipation réaliste de notre monde occidental qui a depuis quelques temps accepté l'humiliation comme ressort tragique de son existence. Alors Amélie graphomaniaque oui, orginale et marginale... peut-être plus tant que ça ?

'Concentration' : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme ! Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l'audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l'horreur dénoncée. Etudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l'aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi. Quand les organisateurs du jeu décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, personne ne s'abstient de voter et Pannonique joue sa vie.

Amélie Nothomb signe ici une satire impitoyable et très efficace des jeux de télé-réalité. Ce roman, la plus trash des fictions d'Amélie Nothomb publiées à ce jour, marque un tournant dans son ½uvre.

Les avis des lecteurs :
Terne et gris : voilà ce qu'est le livre d'Amélie. Un sujet qui se suffit à lui-même sans le talent de sa plume alerte. Imaginer, montrer et dire. Pour que le lecteur devienne, le temps d'une histoire, passif tel le téléspectateur hypnotisé et apathique. Le dernier Nothomb : choquant, provocateur et polémique. Ah bon ? Parce que 'tuer', c'est pas bien ? Ultime rempart d'une civilisation décadente : on ne pourra jamais tuer à l'écran ? Ca ne se fait pas. Allumer votre téléviseur : des jeunes cadres dynamiques qui s'ennuient dans la vie sont obligés de dévorer des couilles de moutons pour que leur vie soit plus fun. Des filles incultes sorties d'on ne sait quelle boîte de nuit périmée trompent leur petit ami devant les caméras juste parce que c'est drôle ! On fait déjà de l'audience à grands coups de trash, de salace, d'humiliation et de voyeurisme, parce que c'est bon de rire des autres ! Amélie n'a rien inventé. Fable futuriste ou anticipation réaliste ? Voilà où se place la vraie polémique. N'avons-nous pas déjà assimilé l'humiliation comme ressort dramatique de notre société ?
Les fans devront s'y résoudre, ils ne retrouveront pas le charme des formules précises et subtiles de l'auteur. Place aux slogans martelant un récit qui s'essouffle, avare en suspense. Le cynisme d'Amélie laisse place à l'expression de l'inquiétude, de la désillusion et de la peur. Amélie ou le sens de la formule qui fait mouche, la juste pesée des mots, la pertinence des phrases : pas cette fois. Ce n'est ni l'endroit, ni le moment.

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L'acide sulfurique ? En soi inoffensif, il rentre dans la composition d'explosifs. Tout comme la télé-réalité peut, à l'extrême, mener le comportement des humains à l'inhumain. L'acide sulfurique ? Voilà un bon livre qui devrait être lu par nos étudiants de Terminale. Il aborde pas mal de thèmes qui amènent la réflexion. Dans cette fiction futuriste, la télé-réalité est présentée comme une émission des plus pernicieuses. Aborder les camps de concentration comme une réalité télévisée permet d'atteindre les jeunes et de leur faire comprendre les atrocités perpétrées sous le régime hitlérien. Ce livre montre aussi la perversité que peuvent atteindre les hommes, mais aussi la noblesse d'âme de ceux qui osent résister et qui mettent la dignité de l'âme au centre de leur vie. Cette grandeur de l'homme ne peut que triompher. Comme dans tous ses romans, Amélie Nothomb aime décrire l'antagonisme entre le bien et le mal ; elle trouve les mots justes qui font souffrir mais jamais dans une recherche de morbidité. La plume d'Amélie Nothomb court allègrement de page en page. Elle est noble et élégante à l'instar des subjonctifs imparfaits et conditionnels passés 2ème forme, des formes vieillies comme « voussoyer » au lieu de « vouvoyer ». Amélie Nothomb parvient à maintenir une tension dramatique intense ; ce qui scotche le lecteur dans sa lecture, sans arrêter jusqu'à la dernière page.

# Posté le jeudi 02 mars 2006 11:46

Modifié le mardi 17 juillet 2007 06:20

Rencontre Amélie Nothomb / Mylène Farmer

Rencontre Amélie Nothomb / Mylène Farmer
C'est avec un pas plein d'entrain qu'Amélie Nothomb entre dans la suite de l'hôtel parisien "le Crillon" où elle a rendez-vous pour un entretien avec Mylène Farmer. La chanteuse est déjà là. Amélie déborde d'énergie. Mylène paraît timide et fragile. L'écrivain raconte à quel point elle s'est réjouie de cette rencontre :
"Lorsque 'Vogue' m'offrit la possibilité de rencontrer la personne de mon choix, je n'ai pas hésité une seule seconde."
Les deux jeunes femmes rapprochent spontanément leur fauteuil ; toutes deux parlent d'une voix basse.


A.N. : Je me souviens très bien de la première fois où j'ai entendu votre musique. C'était en 1986, pendant les vacances de Noël. Ma cousine entonna " Libertine ". Je n'avais encore jamais entendu cette mélodie. Comment, me dit-elle, tu ne connais pas Mylène Farmer ? Je suis depuis une fan de vos clips. Vous êtes, pour moi, le chanteuse aux clips les plus beaux et talentueux.

M.F. : Et moi j'ai lu vos livres. C'est pourquoi j'ai accepté de vous rencontrer.

Je le sais. J'ai découvert, grâce à vous, un auteur qui m'a beaucoup impressionné ; vous avez précisé, lors d'une interview, que vous aimiez Luc Dietrich.

Ce sont mes livres de chevet.

C'est un des rares auteurs qui écrit comme un enfant sans se ridiculiser. J'ai moi-même décrit mon enfance dans " Le Sabotage Amoureux ", mais non de la manière dont je l'aurais souhaité.

J'ai écrit des chansons sur l'enfance, en particulier sue la crainte de grandir.

Dans votre chanson " Plus Grandir ", vous évoquez le désir de rester une enfant.

Je ne peux moi-même l'expliquer, mais je n'en subit aucunement un traumatisme. J'ai vécu au Québec jusqu'à l'âge de 9 ans ; il ne me reste de cette époque que le souvenir très marquant de la neige.

La neige apparaît dans vos clips de façon ininterrompue ainsi que votre film. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de voir " Giorgiono ". Il ne fut projetté à Paris que pendant deux semaines et comme je vis à Bruxelles, je l'ai manqué. Je connais cependant presque tout sur ce film car j'ai dévoré tous les articles le concernant. Je suis persuadée qu'il est exceptionnel même si beaucoup de critiques prétendent le contraire. Je considère Laurent Boutonnat, le réalisateur, comme un génie.

Notre film a subi des critiques extrêmement brutales. Nous savions d'avance qu'ils le mettraient en pièce avant sa sortie. La principale critique étant qu'il s'agissait d'un long clip.

Je rêve d'un clip de deux heures !

Le maquillage, les costumes, la lumière ; toutes les techniques existantes ne sont pas exploitées par le cinéma. Le jeu de scène est, par ailleurs, primordial. J'interprète soit mon propre rôle, soit celui d'un autre, j'écris également les paroles de mes chansons. Ce sont les façons de m'exprimer.

Cela m'a frappée, vous vous déguisez souvent et cependant, vous passez pour une artiste particulièrement discrète.

Lorsque je montre ma nudité ou lors de photos sexy, les journalistes me dépeignent comme une dévergondée sans aucuns mystères. Cela leur paraît paradoxal que je sois si discrète d'ordinaire et beaucoup attendent une justification. Je déteste cela !

Vous n'avez pas non plus à vous justifiez, comme c'est le cas lorsque l'on commet des erreurs.

Le clip " Libertine " a d'ailleurs été censuré en Allemagne. Quelle hypocrisie ! J'ai déjà vu des films pornographiques sur la chaîne allemande.

Je n'ai encore jamais eu l'honneur de me faire censurer !

Cela m'étonne.

Ma famille considère mes livres comme pornographiques. Vous savez, la Belgique est aujourd'hui encore un pays du 19ème siècle. De plus, je descends d'une famille aristocratique et catholique extrêmement conservatrice.

Votre famille vous repousse-t-elle ?

Précisément. A l'exception de mes parents qui acceptent mes ouvrages. Mon père fut diplomate pour que nous vivions en Asie. Vous savez, ma famille ne fut pas fière de son agissement durant la seconde guerre mondiale. Je peux remercier mes parents d'avoir passer mon enfance en Extrême-Orient. Lorsqu'à 17 ans je suis allée, pour la première fois, à Bruxelles, je fut marquée par la consternation des gens à l'évocation de mon nom. Aujourd'hui encore, les Nothomb jouent un rôle important dans la vie politique belge, mais je reste en dehors de cela.

Votre père n'est pas également artiste ?

En effet, il est ambassadeur le jour et interprète de nos chants médiévaux le soir.

Merveilleux ! C'est une musique mystérieuse, captivante.

Le plus court dure 4 heures. Lorsque nous étions enfants, nous devions écouter l'intégralité de ces drames et ceci à genoux. Aujourd'hui, nous sommes autorisés à nous asseoir et même à nous assoupir. Combien de fois avons-nous écouté papa chanter le dimanche !
Je m'ennuyais terriblement, d'autant plus que je ne comprends que le japonais moderne.


Les rapports que j'entretiens avec ma famille sont complètement différents. Bien entendu, je reste en contact avec elle, mais nous communiquons très peu. Je présume qu'elle doit être fière de mon succès. Mon père n'est plus de ce monde, il est décédé avant le début de ma carrière, lorsque j'avais 21 ans.
Je n'ai reconnu que plus tard à quelle point il avait compté pour moi. Avec qui vivez-vous ?

Avec ma s½ur Juliette, un être hors du commun.
Enfants, nous étions comme les deux doigts de la main et toutes deux anorexiques. Je fus seule à m'en sortir. Elle a cessé de grandir à 16 ans.
Aujourd'hui, à 31 ans, c'est encore une enfant. Elle refuse tout contact social et intrusion dans notre appartement sous peine de hurler. Elle ne veut que ma présence.


Pour ma part, je vis à Paris avec mon singe capucin. Pensez-vous éprouver un jour le besoin de quitter votre s½ur ?

Non, car je n'ai encore jamais ressenti le besoin de me marier et d'avoir des enfants. De plus, j'ai une vie sentimentale que l'on peut qualifier de normale, en dehors de chez moi. Ceci me permet de mener une existence quelque peu aventureuse qui me plaît.

Me perpétuer est une chose qui me paraît, pour l'instant, inimaginable. Pourtant j'aime les enfants.

L'écriture est pour moi plus facile comparée à d'autres choses de la vie.

Mais elle vous paraît également torturante. J'ai cru comprendre que vous n'étiez créative que lorsque vous avez la sensation du froid.

C'est exact. Le froid s'installe tout naturellement en moi lorsque j'écris. La température de mon corps chute. Je ne suis pas habituellement aussi frileuse, mais lorsque j'écris, je m'enveloppe de longs manteaux de laine. Je porte même un bonnet. Le froid m'est très désagréable, mais le désir d'écrire prédomine.

On dit pourtant que le désir et le tourment ne sont pas compatibles.

Je vis constamment dans ce mystère et j'écris chaque jour durant quatre heures au moins.

Est-il vrai que souvent vous ne dormez que trois, quatre heures ? J'imagine à quel point vos angoisses sont liées à vos nuits Cela doit être éprouvant. L'écriture est un remède à la solitude.

L'insomnie ne me gêne pas, par contre, la tentative vaine de trouver le sommeil, oui. Ce qui est horrible, ce sont les pensées qui surgissent dans ces moments-là.

Je connais ça aussi : le heurt de pensées différentes, à la limite de la folie.

Surtout que nous possédons toutes deux une fantaisie quelque peu morbide. Lorsque je ne trouve pas le sommeil, toutes mes pensées tournent autours de la mort et de cadavre. C'est insupportable !
Je suis convaincue d'avoir choisi l'écriture pour échapper à cette horreur. Je ne souffre plus lorsque j'écris. Le fait même d'écrire m'apporte une plaisir formidable. Les passages les plus dramatiques d' " Hygiène de l'Assassin ", où Pretextat Tach étrangle sa jeune compagne de ses propres mains m'ont fait éclater de rire.


Ces passages n'apparaissent que plus cruels et plus inquiétants !

On m'a qualifiée de sadique. Est-ce vrai ? Certainement pas dans la vie de tous les jours.

Je ne vous considère pas comme une sadique. Vos livres dérangent et c'est pour cela qu'ils me plaisent. Ils font naître dégoût et angoisse, des réactions très vivantes. Dans mon travail, la mort est un thème très important. Elle fait, après tout, partie de notre existence.

J'ai eu l'occasion de vous voir dans une émission dans laquelle vous aviez le choix des reportages. Vous aviez retenu des images de cadavres et de corps sans tête. C'était très courageux.

(Elle rit)
Je voulais exprimer la beauté qui se trouve dans la violence et l'horreur. C'est pourquoi j'ai choisi deux reportages sur les exécutions.
Une exécution est, bien entendu, répugnante et cruelle, mais il s'en dégage une réelle force. Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens.

Vous aviez alors affirmé éprouver de la joie en voyant ces images.

C'était peut-être maladroit. Il faut faire attention à ce que l'on dit et songer aux conséquences possibles. Même la mort d'un proche peut être fascinante. Voir cette personne morte me parut presque un spectacle. Suis-je morbide ou vais-je au-delà de ça ? Est-ce une preuve d'amour ? Je ne sais pas.

On sent depuis peu en vous une influence tibétaine. Que s'est-il passé ?

Je n'ai pas beaucoup travaillé pendant trois ans, j'avais besoin d'oxygène, c'est pour cela que j'ai voyagé aux Etats-Unis, mais le lieu n'a pas d'importance. Là-bas, par hasard, j'ai trouvé un livre tibétain traitant de la vie et de la mort. J'ai tiré quelques vérités de cet enseignement bouddhiste, à savoir qu'il y a une vie après la mort. Cette idée m'est devenue familière. Ce livre était un baume.

Vous n'avez plus de doutes aujourd'hui ?

Je refuse aujourd'hui l'angoisse que me crée la pensée de la mort. Je me dis qu'il existe effectivement une vie après la mort. J'ai changé de philosophie.

On le devine dans votre dernier album " Anamorphosée ". A propos d'immortalité, la notoriété d'un écrivain n'est pas comparable à celle d'une chanteuse. Ma notoriété est supportable, voire amusante. Mais votre gloire doit prendre des proportions considérables. Il paraît que des fans dorment devant votre porte. Comment vivez-vous cela ?

Je dédramatise. Je ne le supporte qu'ainsi.

Et quelle est l'histoire de ce meurtre ?

Ce fut très douloureux. Un déséquilibré voulant me rencontrer fit irruption dans ma maison de disques, tirant autour de lui avec sa carabine. Il tua le standardiste âgé de 28 ans. Ce fut un des événements les plus marquants de ma vie.

Tournerez-vous à nouveau un film avec Laurent Boutonnat ?

Je l'ignore. L'échec de " Giorgiono " a été douloureux pour Laurent.

Puis-je vous faire part d'un rêve ? Plusieurs producteurs souhaitaient adapter " Hygiène de l'Assassin ". A ce jour, tous les projets ont avorté. Je souhaiterais que Laurent Boutonnat adapte le film et que vous interprétiez le rôle de la journaliste.

Je n'ai offert vos livres que récemment à Laurent, mais je vais lui parler de votre souhait. Je vous le promets.

# Posté le jeudi 02 mars 2006 12:07

Modifié le lundi 09 juillet 2007 16:51

Interview pour le site Fluctuat

Interview pour le site Fluctuat
Flu : Est-ce que vous avez lu Freud ?

A.N. : Même pas, figurez-vous. Je n'ai aucune notion de psychanalyse. On m'a beaucoup parlé de Freud et j'ai beaucoup d'amis qui connaissent bien le sujet. Pour ma part, je n'y connais rien, je n'ai jamais subi de psychanalyse même si je suis sûr qu'il y aurait du boulot. Ça m'intéresse beaucoup mais en même temps, ça me fait peur. Je n'ai pas envie d'en savoir plus. Je sens bien qu'il y a des choses très mystérieuses dans tout ça, mais je préfère ne pas posséder la grille de lecture.

Flu : La sexualité semble absente chez vos personnages...

A.N. : Elle n'est pas du tout absente en fait, même si j'en parle rarement directement.

Flu : Mauriac disait que s'il n'avait pas été romancier, il aurait été assassin. Cela peut-il s'appliquer à vous ?

A.N. : Complètement, sauf qu'à mon avis, j'aurais été assassin de moi-même. Jusqu'à présent, lorsqu'il s'est agit de nuire, je n'ai jamais trouvé le moyen que de nuire à moi-même. Je ne sais pas si j'aurais eu un jour la force de faire du mal à quelqu'un d'autre que moi. Ce n'est pas que l'envie m'en manque ; comme tout le monde, j'ai souvent eu envie de tuer mon prochain. Mais c'est un geste que je ne possède pas.

Flu : Avec tous vos romans déjà terminés, pourriez-vous aujourd'hui cesser d'écrire et vivre sur votre stock ?

A.N. : Je le pourrais, mais ne le voudrais certainement pas. D'autant plus que parmi mes 30,5 manuscrits non publiés, il y en a peut-être deux que j'ai envie de publier. Je pourrais publier les autres, mais je n'en ai pas envie et j'ai encore moins envie de cesser d'écrire. Pourquoi cesser d'écrire alors que c'est la plus grande nécessité, la plus grande jouissance, la plus grande passion de ma vie.

Flu : Vous écrivez tous les jours ?

A.N. : Oui, un minimum de quatre heures par jour. Généralement je commence vers trois ou quatre heures du matin.

Flu : Que faites-vous lorsque vous n'écrivez pas ?

A.N. : J'entretiens un très grand courrier avec mes lecteurs. Bon, sinon, je suis un être vivant à part entière, j'ai une vie amoureuse bien remplie. Je fais les courses, le ménage, des conneries comme ça... et sinon, je me passionne pour la musique, le cinéma et je reste une très grande lectrice.

Flu : Que feriez-vous si vous n'écriviez plus ?

A.N. : C'est inimaginable. Ça fait maintenant la moitié de ma vie que j'écris - puisque j'ai commencé à 17 ans - et ça occupe une telle place dans ma vie, que je ne peux pas imaginer de cesser d'écrire.

Flu : Vous avez toujours pensé écrire ?

A.N. : Non, pas du tout. Je n'y ai jamais songé avant 17 ans. Lorsque j'ai commencé à écrire, je ne savais même pas ce que je faisais, je me disais c'est n'importe quoi, n'en parlons pas, ce sont sûrement des sottises... Jamais je n'aurais osé penser être écrivain. Et l'écriture a commencé à prendre des proportions folles dans ma vie ; il n'empêche que je me destinais à un autre métier, puisque je voulais être interprète au Japon, on l'a vu dans "Stupeur et tremblements", et puis quand j'ai vu ce que ça a donné, je m'en suis dis ben ma vielle, faudrait peut-être te recycler, parce que, somme toute, le destin que tu t'étais choisi était une erreur.

Flu : Quelle formation avez-vous eu ?

A.N. : Philologie ancienne. Le même diplôme que Nietzsche, je suis désolée, c'est très pédant.

Flu : Vous dites que vous n'y entendez absolument rien à la technologie, à l'informatique. Comment écrivez-vous ? Sur une machine ?

A.N. : Oh non ! même pas. Voici mon matériel de prédilection (elle montre les feuilles et les stylos éparpillés sur son bureau). Sur des petits cahiers à petits carreaux. Et après je retape sur une machine que j'ai achetée en 1990 et qui n'a même pas le traitement de texte.

Flu : Les écrivains que vous lisez le plus volontiers ?

A.N. : La liste est longue !

Flu : Choississez en 5.

A.N. : Diderot, Mishima... Tanizaki, Montherlant... et - comme c'est compliqué comme question - Proust.

Flu : ... Et parmi les vivants ?

A.N. : Eric-Emmanuel Schmidt, Simon Leys, Jacqueline Harpmann, Yoko Ogawa, Kazuo Ishiguro.

Flu : Vous reconnaissez-vous des influences ?

A.N. : C'est à dire que je suis quelqu'un qui lit très intensément, il est donc fatal que ces lectures soient entrées dans mes composantes. Il faudrait s'entendre sur ce que l'on veut dire par "influences"... J'aime pratiquer l'admiration et je pense que la plus mauvaise admiration que l'on puisse pratiquer est celle qui consiste à imiter quelqu'un. Ça, en aucun cas. Mais, si on lit mes livres, on peut sentir, que, par exemple, Diderot, Pascal, Céline ont énormément compté pour moi... cette influence là, oui. Mais pas une influence qui consisterait à prendre quelqu'un comme maître à penser ; ça, pour moi, c'est une insulte.

Flu : Croyez-vous en, Dieu ?

A.N. : Sur ces questions là, j'ai choisi de me taire. Ce qui est certain, c'est que je suis loin d'y être indifférente.

Flu : Et si l'on vous avait proposé de participer à la nouvelle traduction de la Bible ?

A.N. : Je trouve que le projet est très intéressant, mais j'aurais refusé parce que la Bible est un texte qui a tellement compté pour moi et que j'ai tellement lu que je n'oserais certainement pas me mesurer à lui.

Flu : Vous êtes assez connue pour vos excentricités (fruits pourris, chapeaux rigolos, rouge à lèvres écarlate), du moins lorsque vous apparaissez dans les médias. Pourriez-vous nous en faire un inventaire ?

A.N. : Personnellement, je ne me trouve pas particulièrement excentrique. Les fruits pourris, ce n'est jamais une chose que j'ai mise en avant, ce sont les médias et je n'ai toujours pas compris quel en était l'intérêt. Les chapeaux, je les porte parce que je les trouve jolis, mais ce n'est pas très important, ça n'est jamais qu'un vêtement et je ne pense pas qu'on juge les gens à leur vêtement. Le rouge à lèvres, ça me vient du Japon, où on aime bien qu'il se voit et ça me plait beaucoup. Ça ne me vexe pas si on me dit que je suis excentrique, mais je ne vois pas ça comme des excentricités donc j'en ignore la liste.

Flu : Quel est le meilleur compliment qu'on puisse vous faire ?

A.N. : Ah ! c'est un compliment qu'on me fait très souvent et qui me rend indiciblement fière... Ce sont les gens qui me disent : "Depuis que je vous ai lue, j'ai commencé (ou recommencé) à lire". Ce qui est énorme ! Parce que ça veut dire que ces gens qui m'ont lue ne vont pas seulement lire Amélie Nothomb, ils vont lire ! Or, quand je vois la place qu'occupe la lecture dans ma vie et ma conception de la lecture, je pense que si je peux amener les gens à lire, c'est la plus belle mission que je pourrais avoir sur terre.

Flu : A votre tour, vous pourriez nous dire quelque chose de gentil sur le site Fluctuat ?

A.N. : Je ne suis pas internaute pour deux sous et je ne sais même ce que c'est qu'un ordinateur. En tout cas, je viens de rencontrer un charmant garçon qui travaille pour ce site, donc c'est plutôt bon signe.

# Posté le jeudi 02 mars 2006 12:27

Modifié le lundi 23 juillet 2007 16:53

Questionnaire de Proust

Questionnaire de Proust
On la voit à la télévision, petite fille aux yeux noirs et aux lèvres trop rouges, coiffée de chapeaux insensés. Elle y raconte qu'à 8 ans elle était alcoolique; qu'elle se nourrit de fruits pourris et qu'elle passe ses journées dans les cimetières, parce que «les arbres y poussent beaucoup mieux qu'ailleurs». Amélie Nothomb a publié huit romans traduits dans 25 langues.

Le bonheur parfait selon vous? La chute libre.
Où et à quel moment de votre vie avez-vous été le plus heureuse? Le 15 décembre 1989, quand j'ai retrouvé mon chemin dans le massif du Kumotori Yama (Japon), où j'étais perdue depuis trente-six heures.
Quel est le trait de votre caractère dont vous êtes le moins fière? La colère.
Votre occupation préférée? Ecrire.
La qualité que vous préférez chez un homme? La noblesse.
Chez une femme? La folie.
Votre plus grande peur? Une panne de chauffage.
Que possédez-vous de plus cher? Une photo de ma s½ur et moi.
Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie? L'amour, jusqu'à présent.
La figure historique à laquelle vous auriez aimé ressembler? Marco Polo.
Le héros de fiction? Le comte d'Orgel (Radiguet).
La couleur que vous aimez? Vieil or.
Les prénoms que vous préférez? Léopoldine, Adèle.
Vos auteurs favoris? Nietzsche, Stendhal, Cervantès, Pétrone, Diderot, Tanizaki, Radiguet.
Vos compositeurs, classiques ou contemporains, préférés? Purcell, Schubert, Björk.
Vos peintres favoris? Memling.
Votre film culte? Vertigo, de Hitchcock.
Quels sont vos héros dans la vie réelle? Les chanteuses de rock.
La chanson ou l'air d'opéra que vous sifflez sous votre douche? Non voglio sin servir, dans Don Giovanni de Mozart.
Votre boisson préférée? Le champagne.
Votre drogue favorite? Le thé très fort.
Si vous deviez changer une chose dans votre apparence physique, que choisiriez-vous?
Les cernes.
Le talent que vous voudriez avoir? J'aurais voulu composer de la musique.
Que détestez-vous par-dessus tout? La vulgarité.
Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence? Celles commises par amour.
Comment aimeriez-vous mourir? Foudroyée.
Etat présent de votre esprit? L'étonnement.
Votre devise? «Soyez économe de votre mépris, car il y a beaucoup de nécessiteux» (Chateaubriand).
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# Posté le jeudi 02 mars 2006 12:37